Quelle est l’influence de la hausse des prix sur la consommation alimentaire des francophones ?

Globalement, la moitié des francophones disent être très inquiets face à l’augmentation des coûts. Cette inquiétude se traduit par la volonté – ou la nécessité – de faire des économies dans différents domaines : à commencer par les voyages (61 % des sondés), la culture et les loisirs (60 %) et l’habillement (59 %). L’alimentation n’arrive qu’en septième position, mais est tout de même citée par 36 % des répondants et répondantes.

Ces conclusions sont tirées des récents des premiers travaux de l’Observatoire de la consommation alimentaire de l’Agence wallonne pour la Promotion d’une Agriculture de Qualité (Apaq-W). La présentation a eu lieu le jeudi 16 juin à la ferme La Petite Campagne à La Bruyère, en présence du Vice-Président de la Wallonie, Ministre wallon de l’Agriculture et de l’Économie, Willy BORSUS.

Résultats de l’étude relative à l’impact des crises successives sur les habitudes de consommation

En avril 2022, l’Apaq-W a initié une première étude de marché dans le cadre de l’Observatoire de la consommation visant à quantifier l’impact de l’augmentation des coûts liée à la conjoncture actuelle (crise sanitaire, guerre en Ukraine, etc.). Cette étude a été menée sur un panel représentatif de la population wallonne et bruxelloise francophone (500 personnes). Son objectif ? Évaluer l’inquiétude des Belges francophones face à l’augmentation des coûts, comprendre comment ils s’adaptent face à cette augmentation et comprendre comment se porte le marché bio.
Ses résultats ont pu être comparés aux études de marchés consolidées avec les chiffres obtenus de GfK Belgium de 2020, ainsi qu’au baromètre de la consommation de 2020. Ces résultats présentent les premiers effets de la conjoncture actuelle en matière de consommation alimentaire ainsi qu’une première indication des tendances futures. Celles-ci concernent aussi bien le degré d’inquiétude des répondants, leur réponse concrète à l’augmentation des coûts, que les adaptations déjà réalisées ou envisagées.

Quelles sont nos inquiétudes ?

  • 1 francophone sur 2 a affirmé être très inquiet face à l’augmentation des coûts. C’est principalement le cas de personnes issues des classes sociales inférieures et vivant dans des petites localités.
  • 45% des francophones affirment que le contexte actuel influence de façon importante leur pouvoir d’achat.
  • 86% des personnes se déclarant très inquiètes indiquent que l’impact de l’augmentation des coûts sur leur pouvoir d’achat est très important.
  • A contrario, cet impact semble moins important sur le pouvoir d’achat des classes supérieures et des moins de 35 ans.
  • Plus d’un Belge francophone sur deux (54%) affirme que la conjoncture actuelle influence son bien-être, et 1 francophone sur 2 déclare que ses projets immobiliers ont été influencés par le contexte actuel.
  • L’inquiétude précédemment évoquée se manifeste sur la volonté de réaliser des économies dans de nombreux domaines de leur vie, parmi lesquels l’alimentation (dont notamment 1 personne sur 4 qui prévoit de faire des économies sur la consommation de plats préparés), qui représente le poste d’économie prioritaire pour 6% des répondants, et cité par 36% d’entre eux, ce qui place ce poste derrière les vacances (61% des répondants), la culture et loisirs (60%), les vêtements (59%), les investissements matériels (56%), le bien-être et la beauté (49%) et les frais fixes liés à l’habitation (37%).

Avec un budget moindre, comment nous adapter ?

  • 43% des Belges francophones allouent plus de 20% de leur budget à l’alimentation (36% d’entre eux ne connaissent pas la part de budget allouée à l’alimentation).
  • Plus d’1 francophone sur 2 (53%) pense que cette part du budget dédiée à la nourriture va augmenter, alors que 17% pensent qu’elle va diminuer. Cette estimation de diminution se retrouve surtout chez les catégories impactées par la hausse des coûts, à savoir les francophones réalisant des économies sur l’alimentation, les classes sociales inférieures et ménages avec enfants.
  • De même, 52% des francophones ont déjà mis en place des adaptations dans leur alimentation, qu’ils envisagent de renforcer en adoptant certains comportements permettant de diminuer les dépenses :
    Pour 18% des francophones ayant adapté leurs habitudes alimentaires, cela se traduit par l’achat de produits en réduction ;
    Pour 12%, en une diminution des achats ou en l’achat des produits essentiels ;
    Pour 11% d’entre eux, il s’agit de faire l’impasse sur les produits couteux
    9% privilégient l’achat de marques distributeurs.

Quels critères futurs et comportements d’achat ?

A l’avenir, les Belges francophones mentionnent que les critères auxquels ils accorderont plus d’importance sont :

  • les promotions et les réductions ;
  • les prix des aliments.
    Le choix du point de vente et l’origine des produits garderaient majoritairement la même importance, même si l’on constate pour le premier une augmentation du nombre de personnes qui y accorderont plus d’importance. Cette hausse serait moins marquée pour l’origine des produits. 8 personnes sur 10 qui envisagent de prêter plus d’attention à l’origine des produits privilégieront les produits locaux et/ou belges. Enfin, 35% des répondants affirment que le fait que l’aliment soit bio a moins d’importance.
    Au niveau des comportements d’achat, 9 francophones sur 10 sont ouverts à comparer les prix des produits, et 7 sur 10 envisageraient de se tourner vers les produits de marques distributeurs.

Moins de bio… ?

Au niveau de la consommation de produits bio, une légère diminution de la proportion de Belges en consommant quotidiennement (passage de 10% à 9% par rapport au baromètre de mai 2020) est observable. En outre, si la consommation de bio augmente chez 26% des francophones consommant bio depuis au moins un an, elle diminue chez 17% d’entre eux. L’augmentation est particulièrement observable chez les consommateurs réguliers de produits bio, à savoir tous les jours ou une fois par semaine, alors que la diminution est davantage visible chez les faibles consommateurs de produits bio (qui n’en consomment jamais ou moins d’une fois par mois), ce qui indique que l’écart entre gros et faibles consommateurs de produits bio tendrait à s’accentuer du fait que les produits bio sont devenus trop chers. Il est possible que cette accentuation continue. Le contexte actuel pourrait d’une part réduire le pouvoir d’achat des ménages déjà en difficulté, ce qui réduirait leur propension à choisir des produits bio, et d’autre part, certains ménages des classes moyennes sous le coup du contexte difficile actuel pourraient se tourner vers des produits non-bio ou les marques distributeurs, souvent jugées comme plus accessibles.

Mise en rapport des observations avec les données statistiques

En considérant les données de Statbel, l’inflation en Belgique s’élevait à 8,97% en mai 2022. L’alimentation contribue à cette inflation à hauteur de 1,26 points de pourcentage. De plus, les données fournies par GfK indiquent que l’inflation du secteur alimentaire a été plus tardive par rapport à d’autres secteurs et qu’à présent elle continue à augmenter rapidement . A l’heure actuelle, l’inflation continue à augmenter rapidement.
Nous évoquions précédemment l’hypothèse que, sous l’influence de la conjoncture actuelle, les Belges francophones seraient plus enclins à se tourner vers les marques distributeurs, cette adaptation est en outre déjà évoquée par 9% des personnes ayant déjà adapté leurs habitudes alimentaires. Cette tendance est confirmée par les données de consommation récentes de GfK. Ces mêmes données mettent également en évidence une différence entre la consommation des Belges en 2021 et la consommation actuelle. En 2021, les Belges dépensaient davantage en produits Premium. 2022 connaît jusqu’à présent un phénomène de Down Trading, ce qui signifie qu’au sein d’une même catégorie, ils achètent des produits moins chers. Cette constatation rejoint une des observations de l’étude de marché, à savoir que l’adaptation la plus citée par les personnes ayant déjà adapté leurs habitudes, à hauteur de 18%, est l’achat de produits en réduction.
L’observation selon laquelle les 35-54 ans ressentiraient davantage les effets de l’inflation est également confirmée par les données GfK, qui indiquent une réduction des dépenses chez les moins de 50 ans entre avril 2021 et avril 2022. De même, les données de consommation confirment l’influence plus importante de la hausse des prix chez les classes sociales inférieures : cette classe compense ses dépenses en produits de consommation par une réduction des dépenses hors domicile (par exemple, le restaurant). Les inégalités semblent donc se renforcer.
Enfin, et de façon plus spécifique au secteur du bio, une diminution de la consommation est observable chez les faibles consommateurs du bio, et une augmentation l’est également chez les consommateurs réguliers, ce qui laisse envisager un agrandissement de l’écart entre gros et faibles consommateurs de produits bio.

Souce: Sudinfo & Apaq-W

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