«Le Covid-19 montre l’urgence de relocaliser dès maintenant les systèmes alimentaires»

BARCELONA - MAY 26: The section of fruit and vegetables at the marketplace on May, 26, 2012 in Barcelona, Spain.

La crise du Covid-19 a donné un coup d’arrêt forcé à l’économie mondialisée. La quasi-totalité des secteurs tournent au ralenti. Tous, sauf les secteurs essentiels comme la santé et… l’alimentation.

La Belgique est largement déficitaire dans de nombreuses cultures et dépend des importations de l’étranger. Et si certaines filières nécessitent d’être projetées à plus large échelle, l’ampleur de notre dépendance actuelle fragilise notre système agroalimentaire.

Nous importons évidemment des produits exotiques (ananas, bananes, thé, café, cacao, etc.), mais aussi toute une série d’aliments que nous serions capables de cultiver chez nous. On constate par exemple que le taux d’auto-approvisionnement de la Wallonie (c’est-à-dire le taux de production locale par rapport à la consommation) n’est que de 17 % pour les fruits et légumes frais ; 33 % pour les céréales panifiables ; 10 à 15 % pour les élevages ovins et caprins. Nous sommes également largement déficitaires en légumineuses, huiles végétales, poissons, sans disposer de données précises. Sans oublier les importations massives de soja (pour l’engraissage des élevages industriels) et d’huile de palme qui mettent l’industrie alimentaire sous perfusion.

De l’autre côté, notre industrie agro-alimentaire a orienté la production vers un nombre restreint de filières dépendantes des débouchés à l’exportation. Nous produisons par exemple 16 fois plus de pommes de terre que nos besoins, dont la grande majorité est exportée sous forme de frites surgelées. Le secteur de la pomme de terre a déjà annoncé que la pandémie aurait des effets catastrophiques étant donné les difficultés logistiques du transport international liées aux mesures de confinement. Autre exemple : le secteur laitier, régulièrement frappé par des crises causées par une surproduction structurelle au niveau européen. Cette surproduction fait baisser les prix et oblige sans cesse à trouver de nouveaux débouchés à l’exportation. Une situation qui impacte à la fois les producteurs laitiers chez nous, mais également les producteurs du Sud, qui ne parviennent pas à concurrencer les importations massives de lait européen à bas coût.

Logique agro-industrielle soutenue par des choix politiques

Cette logique agro-industrielle absurde et dépassée, bloque la diversification des cultures et la mise en place de pratiques agroécologiques et de filières courtes. Elle continue toutefois d’être entretenue par des choix politiques aux niveaux belge et européen, tels que les accords de libre-échange (CETA, UE-Mercosur) et la Politique agricole commune (PAC), qui favorisent un modèle productiviste exportateur. Il faut souligner ici une certaine ambivalence de nos responsables politiques, à l’image du Ministre Borsus, qui d’une part s’est déclaré opposé à l’accord UE-Mercosur, mais d’autre part se disait, avant la crise que nous connaissons, déterminé à renforcer le « grand export » du secteur agroalimentaire wallon en s’appuyant sur ses compétences en matière de commerce extérieur.
Passer de la parole aux actes

À l’heure où la Belgique et la Région wallonne vont devoir prendre des décisions historiques pour relancer l’activité après la crise du Covid-19, il est vital de ne pas retomber dans les écueils du passé et de s’engager dans un Green New Deal ambitieux. Le prochain enjeu d’un retour « à la normale » sera celui de ne pas revenir à des pratiques agricoles anormales, destructrices des paysan·ne·s (du Nord comme du Sud) et du vivant. Cette période correspond justement à l’élaboration du futur plan stratégique wallon dans le cadre de la mise en œuvre de la PAC post-2020. Dans ce contexte, les mouvements paysans et leurs allié·e·s de la société civile sont déterminés à oeuvrer à une transformation profonde de nos systèmes alimentaires vers la souveraineté alimentaire et la résilience, en solidarité avec les paysan·ne·s d’Europe et du Sud.

Nous demandons aux responsables politiques de s’engager dans cette voie. Il est temps d’arrêter les doubles-discours et de poser des choix politiques clairs et cohérents en faveur de la relocalisation de l’agriculture vivrière et de la transition agroécologique. C’est en effet la seule voie pour rencontrer les défis urgents du monde agricole : nourrir la population au bénéfice de tou·te·s les citoyen·ne·s, nanti·e·s et moins nanti·e·s ; lutter contre les dérèglements climatiques et l’effondrement de la biodiversité ; créer des emplois décents et rémunérateurs pour les paysan·ne·s ; et redynamiser les zones rurales.

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Source: Le Soir

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