La viande de culture, un des avenirs de l’alimentation

4 Belges sur 10 seraient prêts à manger de la viande de culture plutôt que de la viande provenant d’un animal. Pour Paul Shapiro, cette viande cultivée représente une des solutions à l’alimentation du futur.

Paul Shapiro, Américain typé, végétarien convaincu, activiste de la cause animale est aussi auteur pour défendre la cause qu’il porte. Il vient de sortir une longue enquête très fouillée sur l’avenir de l’alimentation et particulièrement sur les alternatives à la viande issue de l’élevage traditionnel ou industriel. Pour lui, la viande cultivée en laboratoire par la technologie cellulaire présente une alternative crédible à l’élevage intensif.

10 milliards

“Nous serons bientôt plus de 10 milliards sur une terre qui ne peut pas grandir. Et cette population mange de plus en plus de viande, même dans les régions qui étaient plus pauvres ou moins carnivores, comme l’Inde, la Chine ou l’Amérique du Sud. Or l’élevage intensif est très gourmand en ressources, en surface de terre, en nourriture fourragère, en soins etc. On ne pourra simplement pas suivre la tendance à la hausse de la consommation de viande”, estime l’auteur.

Réduire ou trouver des alternatives

Il faut donc, soit réduire la consommation de viande, mais ce n’est pas la tendance générale actuelle, soit trouver des alternatives à sa production. “Il faut créer une nouvelle industrie de la viande qui ne nécessite plus l’élevage de milliers de têtes de bétails destinées à l’abattoir. La viande cultivée offre une solution aux problèmes que causera immanquablement l’élevage industriel.” Cette viande, que Shapiro dit propre, est cultivée en laboratoire par multiplication de cellules animales.

4 Belges sur 10 ont une opinion favorable

Selon une enquête commandée par l’association de défense des animaux Gaia, 4 Belges sur 10 ont une opinion favorable à l’égard de la viande de culture. Et autant pourraient en acheter au prix actuel de la viande naturelle. Ce substitut est en tout cas préféré aux alternatives d’origine végétale, même si le côté “artificiel” du produit constitue encore un frein à la consommation.

Naturel

“Il ne faut pas croire que l’élevage intensif soit tellement plus naturel, constate Shapiro. Les races sont sélectionnées génétiquement, les animaux sont bourrés d’antibiotiques et élevés en cage toute leur vie… Cultiver de la viande à partir de cellules me semble une meilleure option au regard du bien-être animal et de la santé publique.”

Shapiro le reconnaît, pour nourrir la planète entière et compte tenu du changement des habitudes alimentaires en faveur de la viande, il est impossible de répondre à la demande sans passer par un élevage intensif et industriel, avec toutes les dérives que cette activité véhicule à ses yeux. “L’industrie animalière recherche sans cesse une productivité accrue. La viande cultivée en est l’étape ultime. Il ne sera plus nécessaire d’élever des animaux dont une grande partie termine en déchets pour obtenir de la viande.”

Start-ups

L’industrie de la viande cultivée n’en est encore qu’à ses balbutiements. Les start-ups qui travaillent dans ce secteur, et que Shapiro a rencontrées pour son livre, ne peuvent produire aujourd’hui “que” des burgers, des saucisses ou des hot-dogs. Les premiers produits de viande cultivée seront commercialisés dans les trois ans, estime Shapiro. Le régulateur américain vient d’ailleurs de l’autoriser. “Je pense que la viande cultivée s’installera dans les habitudes de consommation dans les dix ans à venir. Ce type de viande se pose en alternative comme d’autres produits de substitution issus des insectes ou des végétaux. Elle ne remplacera jamais totalement la viande d’élevage comme l’éolien ne peut remplacer le pétrole. Mais elle peut en réduire l’impact sur l’environnement. L’élevage ne disparaîtra pas mais il sera pratiqué dans de meilleures conditions et laissera sans doute plus de place à la biodiversité.”

Clean Meat, comment la viande cultivée va révolutionner notre alimentation, Paul Shapiro, Editions Luc Pire, 300 p., 22 EURLaurent Fabri

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