La digitalisation dans l’usine alimentaire… et au-delà

Avez-vous déjà franchi les portes d’une entreprise alimentaire belge ? Vous avez dans ce cas dû remarquer une usine pleine d’outils technologiques et digitaux qui permettent d’organiser de manière efficace la production de nos délicieux produits alimentaires et boissons. La digitalisation de notre secteur peut-elle aller encore plus loin ? On s’est penché sur la question avec quatre experts qui voient également des opportunités au-delà des enceintes des usines alimentaires, et jusqu’au consommateur.

Anne Reul, secrétaire générale de Fevia Wallonie et Gaetan Thoron, manager industry 4.0 chez Wagralim, observent la tendance digitale du point de vue wallon, et Nadia Lapage, secrétaire générale de Fevia Vlaanderen et Bart Van Damme, innovation manager chez Flanders’ FOOD, présentent le point de vue flamand.

Pourquoi les entreprises alimentaires se digitalisent-elles ?

Nadia : « Les entreprises alimentaires se digitalisent souvent par nécessité. Par exemple, depuis la crise de la dioxine, les entreprises ont plus de contrôles inopinés pour lesquels elles doivent rapidement montrer la façon dont est mis en œuvre leur autocontrôle. Ce type d’audit qualité nécessite beaucoup de documentation qui est plus aisée à réaliser de manière digitale. A côté de cela, nos entreprises, et en particulier nos PME, ressentent très fort la pression de la concurrence. Il s’agit donc de rester compétitif et les nouvelles technologies peuvent les aider en ce sens. Néanmoins, nous constatons que la digitalisation s’opère principalement à l’intérieur des entreprises, au niveau de leurs processus de production. »

Bart : « Les entreprises optimisent leurs processus de production tant pour améliorer la qualité de leurs produits que pour rendre leur manière de travailler plus efficace. La digitalisation peut aider à travailler plus rapidement, à faire moins d’erreurs, à faire des économies de coûts, à réduire la consommation d’énergie ou d’eau. Pensez par exemple à la « maintenance prévisionnelle » où grâce à des mesures automatiques des vibrations d’une machine, un système peut prévoir quand elle sera défectueuse. Aujourd’hui les entreprises savent plus rapidement intervenir et empêcher l’arrêt de la production. Les évolutions technologiques augmentent donc la prédictibilité des tâches et aussi le confort du personnel. »

Quelles nouvelles technologies trouve-t-on le plus souvent ?

Anne : « Ce sont surtout les capteurs intelligents qui se diffusent dans notre secteur. Ils permettent à nos collaborateurs d’avoir une vue globale de l’état de la production et de générer automatiquement certaines actions en conséquence. Par exemple, grâce à des nouveaux types de capteurs dans les silos on peut anticiper quand un silo est vide et ainsi en informer le livreur à temps. Cela évite des pénuries de matières premières et de devoir interrompre la production. »

Gaetan : « Les entreprises utilisent aussi des caméras intelligentes, souvent en vue d’un meilleur contrôle qualité. Par exemple, une caméra spectrale qui permet de détecter des erreurs et malfaçons qu’on ne peut repérer à l’œil nu. Ou encore, des caméras optiques et infrarouges capables de détecter si le bouchon d’une bouteille est bien fermé, et qui scannent les emballages et les étiquettes. Et des tablettes ou des lunettes de réalité virtuelle qui permettent de prévoir la réparation ou l’entretien des machines ».

Comment voyez-vous l’évolution de la digitalisation au sein du secteur ?

Nadia : « Le plus grand défi est d’évoluer d’une production de masse vers une production sur mesure, pour répondre aux attentes individuelles du consommateur, sans perdre en qualité produit et en productivité. La digitalisation aura donc un impact accru en dehors de l’enceinte de l’usine. Par exemple, pour capter les expériences client et les améliorer. »

Anne : « Il s’agit d’intégrer la digitalisation dans sa stratégie de l’entreprise, au-delà du processus de production et de la logistique. »

La digitalisation fait donc entrer le consommateur dans l’usine ?

Bart : « Oui, au sens figuré en tout cas. Les consommateurs veulent des nouvelles formes, couleurs et goûts. Les entreprises alimentaires doivent continuellement s’adapter à ces nouvelles attentes. Cela demande beaucoup de flexibilité pour laquelle la digitalisation offre des solutions. Cette évolution des attentes des consommateurs va également pousser les entreprises à accélérer leur transformation digitale. »

Gaetan : « Le consommateur veut être informé rapidement et en temps réel. L’éthique, le durable, l’écologique… figurent au centre de ses préoccupations. La traçabilité est l’une des préoccupations majeures des consommateurs et les moyens digitaux sont indispensables pour aider les entreprises à les intégrer ».

Où en sont les entreprises au niveau de leur transformation digitale ?

Nadia : « Dans la production, la digitalisation est devenue la norme, mais en termes d’intégration dans la stratégie d’entreprise il y a encore du pain sur la planche. Souvent, les entreprises ne savent pas par où commencer. Parfois, elles ne sont pas au courant des possibilités techniques ou ont difficile à trouver les profils adéquats, notamment IT. »

Anne : « Pour une entreprise existante depuis un certain temps, sa réussite peut parfois être un frein. Pourquoi une entreprise qui « va bien » devrait-elle changer ses processus de production ? Un autre frein est aussi parfois la crainte du changement, il faut oser prendre des risques. Le passage vers la digitalisation doit être vu comme un processus de transformation continu et non comme une étape à franchir. »

Comment les entreprises sont-elles soutenues ?

Bart : « Chez Flanders’ FOOD, nous disposons de plusieurs outils et projets. Le nouveau projet DigiTrack a pour but d’aider les entreprises à connaître à la fois leur maturité digitale, leurs besoins et les nombreuses opportunités du digital, pour définir leur stratégie digitale. Le réseau d’apprentissage Digidenkers permet aux entreprises d’échanger des expériences et des bonnes pratiques. Avec le projet Operator 4.0 nous accompagnons les collaborateurs dans la transformation de l’entreprise. » 

Nadia : « Il y a aussi le programme Made Different, créé par SIRRIS et Agoria, dont nous sommes partenaires en Flandre et en Wallonie. Ce programme guide et accompagne les entreprises à travers 7 transformations essentielles pour devenir des « Usines du Futur ». En Flandre, deux entreprises alimentaires viennent d’être sacrées « Factory of the Future » : Vandemoortele, leader en produits de boulangeries, margarines et graisses, et Rousselot, le plus grand fabricant de gélatine au monde. Précédemment, deux PME, Bio Bakkerij De Trog et Dekeyzer-Ossaer, ont été récompensées. Cela prouve que Factory of the Future n’est pas réservé qu’aux grandes entreprises ». 

Lisez ici le communiqué et visionnez la vidéo de Vandemoortele

Et pour nos entreprises wallonnes ?

Anne : « Nous accompagnons également nos entreprises ensemble avec Wagralim à travers les 7 transformations cruciales dans le cadre du programme Made Different. Un accompagnement plus spécifique pour le secteur est prévu chez Wagralim avec le Digital Traject for Food Industry. Le 24 mars aura lieu la remise des « Factory of the Future Awards » et « Ambassadeur Made Different » avec Digital Wallonia. Pour continuer à booster la digitalisation dans le secteur alimentaire wallon, on s’associe également cette année à plusieurs séminaires organisés par Agoria – Digitechs meet Walloon industry ».  

Gaetan : « Fevia Wallonie est également partenaire avec Wagralim de la 2e édition du Digital Boostcamp Agroalimentaire lancée mi-février avec le Microsoft Innovation Center. Ce séminaire aide les dirigeants du secteur à mieux comprendre et intégrer les nouveaux enjeux du numérique dans leur stratégie d’entreprise ».  

Source: Fevia

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