Havelange, foyer d’une pépinière pour start-ups agricoles

Alexis de Liedekerke, Gaëtan Seny et Nicolas Bekaert veulent permettre la mise en commun de ressources et de connaissances pour de petits projets indépendants locaux à la vision durable. De l’extraction de pigments à une cidrerie, les activités sont chaque jour plus nombreuses.

Un coin de nature au beau milieu de nulle part. Le brouillard cache à peine les trois corps de ferme qu’occupe cet incubateur d’entreprises d’un genre nouveau, niché au sommet d’une profonde vallée du Condroz.

Dans l’une des ailes de l’imposante construction datant du XVIe siècle pour ses plus vieilles pierres, des artisans fabriquent du cidre bio à partir de variétés de pommes wallonnes, dans une autre, une dame élabore des pigments naturels destinés aux décorateurs ou aux peintres, tout cela au son des manœuvres s’attelant à la transformation d’une aile du bâtiment en future salle des fêtes. Enfin, à quelques centaines de mètres, deux jeunes agriculteurs parcourent leurs légumes, bientôt prêts à être récoltés.

Un ballet étonnant de vie et de motivation… “Froidefontaine, c’est une pépinière de start-ups dédiée à l’entrepreneuriat agricole”, résume Nicolas Bekaert, qui nous ouvre les portes de ce lieu atypique, à la mi-décembre.
Froidefontaine vue du ciel

L’idée du projet est venue il y a deux ans maintenant, se cristallisant alors autour d’Alexis de Liedekerke et Florian Delespesse (qui a depuis quitté l’aventure), tous deux ingénieurs agronomes, et de Gaëtan Seny, avocat spécialisé en droit des sociétés.

Leur constat? Beaucoup de gens sont aujourd’hui très passionnés par une approche plus humaine, locale et durable de l’agriculture et ont envie de retourner à la terre. Sauf que voilà, ce n’est pas simple, malgré la passion, “les marges étant très faibles, de même que les terres très chères en Belgique – compter 35.000 euros environ l’hectare dans le Condroz – et le cadre législatif très restrictif (de par la loi sur le bail à ferme – des discussions politiques sont aujourd’hui à l’ordre du jour à ce sujet pour changer la donne, NDLR)”, détaille notre interlocuteur.

Ce qui n’empêche pas certains de se lancer pour autant. On parle de “Nimaculteurs”, pour “agriculteurs non-issus du monde agricole”… Et c’est là qu’intervient Froidefontaine, que Nicolas Bekaert a rejoint en cours de route, fort de sa formation d’économiste.
Mutualisation et diversité

Concrètement, la ferme propose de devenir partenaire – via un coinvestissement et une participation au risque – de ces projets agricoles. Et ce, en faisant deux paris économiques: “D’un, celui de la mutualisation – permettant de réduire les coûts – entre les 5 et demain 10, 15, entreprises qui sont installées ici, ce qui passe par la comptabilité, l’administratif, la stratégie, la communication, mais aussi l’infrastructure ou la main-d’œuvre par exemple.” De deux, “celui de la diversité, avec la présence d’une cidrerie (10.000 bouteilles cette année, pour 1.000 de Pommeau et autant de Calvados, NDLR), d’un maraîcher, d’un élevage de coucous de Malines – en poulailler mobile, permettant une alimentation variée, avec un impact réduit sur l’environnement –, d’un gîte, et, pourquoi pas, demain, d’une boulangerie ou d’un restaurant. Bref, d’autant d’activités artisanales à taille humaine et diversifiées qui, on l’espère, peuvent susciter la curiosité de tout un chacun à venir ici, que ce soit pour une simple balade ou pour les formations que nous organisons. Une diversification nous permet de multiplier les sources de revenus”.

Du reste, Froidefontaine offre à ses partenaires-agriculteurs des accès à la terre et au marché facilités, ainsi qu’accompagnement sur des matières économiques et juridiques, fourni par l’équipe aux commandes.

Seule condition, s’engager à respecter au minimum le cahier des charges du bio, à perpétrer des pratiques agricoles durables et respectueuses de l’environnement, et, enfin, à s’ouvrir à la collaboration avec les différents acteurs en présence sur les quelque 45 hectares de terrain à disposition et 5.000 mètres carrés de bâtiments.

Lors du premier appel à projet réalisé en janvier 2017, une bonne vingtaine de dossiers ont été rentrés, desquels sept ont été sélectionnés et cinq ont aujourd’hui recours aux terres (et aux murs parfois) de la ferme dans leur activité quotidienne.

Fort de ce succès, un second appel vient d’ailleurs d’être lancé courant du mois. De même que Jehan Dessain, avec un profil financier, monte à bord.

Objectif 2027

Quelle est la finalité du projet? D’être “un prototype qui, on l’espère, répond à une demande sociétale”. L’idée serait, à terme, de pouvoir le répliquer dans d’autres endroits, présentant une situation similaire, à savoir celle d’un propriétaire souhaitant donner une autre vie à ses terres.
Vision d’inspiration de Froidefontaine 2027 ©Froidefontaine

Du reste, au niveau local, un objectif temporel a été fixé à 2027 comme date butoir de la transition agroécologique opérée par la ferme, à savoir de s’éloigner peu à peu de la monoculture intensive pour se diriger vers quelque chose de plus durable et diversifié. “On se donne dix ans, évoque Nicolas Bekaert, mais c’est un chiffre pour dire de donner un chiffre, l’idée étant plutôt que l’aventure perdure. Froidefontaine, c’est un projet de vie, destiné à l’accueil d’activités professionnelles.”

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