Alimentation: pourquoi les rappels de l’Afsca sont de plus en plus nombreux

L’agence chargée de la sécurité des aliments a rappelé trois fois plus de produits en 2018 qu’en 2017. La qualité des denrées en vente chez nous reste pourtant stable. Mais l’Afsca se montrerait bien plus zélée.

La situation a-t-elle tendance à « sérieusement se détériorer en matière de sécurité alimentaire » ? C’est ce que se demande Test Achats dans son magazine de juin. L’association de consommateurs s’inquiète en effet de la véritable explosion des chiffres en matière de rappels de denrées, effectués par l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire – comprenez les demandes adressées aux clients de ne pas consommer des aliments représentant un risque pour la santé. Alors qu’ils étaient de 53 en 2016 et en 2017, les rappels ont bondi jusqu’à 171 l’an dernier, soit une augmentation de… 222 % !

L’Afsca nous confirme ces données et les détaille. En 2018, 78 cas étaient liés à un risque microbiologique (comme la présence de la bactérie E. Coli dans de la viande), 61 à un risque chimiques (par exemple des traces de pesticides à un taux inadmissible sur des fruits) et 32 à un risque physique (comme des débris de verre dans de la compote de pomme). L’agence fédérale corrobore aussi les chiffres de Test Achats concernant les avertissements, pour la plupart liés à une indication déficiente de 14 allergènes potentiellement présents dans des préparations. Là, les cas sont passés de 24 en 2017 à 49 en 2018, soit plus du double. On notera que la tendance semble se confirmer cette année avec déjà 62 rappels et avertissements, rien qu’entre janvier et mars.

La nourriture vendue en Belgique reste excellente

Paradoxalement, le taux de conformité des aliments testés par l’Afsca est resté stable d’année en année. Il tournait autour de 96 %, tant en 2016 qu’en 2017 et qu’en 2018. Il est donc clair, affirment l’agence, de même que les secteurs de la distribution et de la production, que la qualité de la nourriture vendue en Belgique reste excellente. « Il est difficile de faire moins que 4 % de non-conformité car nous ne vivons pas dans un monde stérile. Il y aura toujours des bactéries dans notre nourriture, » commente même Stéphanie Maquoi, porte-parole de l’Afsca.

Dès lors, qu’est-ce qui explique la fièvre des rappels et des avertissements entre 2017 et 2018 ? C’est la conjonction de plusieurs éléments, répond l’agence. Primo, celle-ci a réorienté sa stratégie de contrôles (à l’origine de 19 % des rappels en 2018), depuis l’année dernière, en ciblant les risques. Un bon exemple : les baies de goji. Une bonne part de ces « super-aliments » en provenance de Chine contient des taux anormalement élevés de pesticides, a découvert l’Afsca. Du coup, celle-ci a intensifié les contrôles de ces baies rouges séchées et a même interpellé les autres agences européennes de sécurité alimentaire, ainsi que le législateur européen. Clairement, l’Afsca se montre – ou du moins souhaite se montrer – plus sévère et intransigeante envers les fraudeurs.
Secundo, l’Afsca semble faire preuve d’un zèle tout particulier – à savoir procéder à des rappels – lorsqu’elle prend connaissance des alertes lancées par ses consœurs européennes (impliquées dans 24 % des rappels en Belgique), alertes elles-mêmes en augmentation. Voilà qui ne manque pas d’interpeller le commerce belge. Comeos, sa fédération, a étudié la question pour les trois premiers mois de cette année, en comparant notre pays à la France, aux Pays-Bas et à l’Allemagne. Elle en a tiré cette conclusion : « La Belgique a pris des mesures plus strictes que les pays notifiant. » Il arrive même que « la Belgique soit le seul pays à suivre des notifications européennes avec un rappel, » complète Nicholas Courant, porte-parole de Fevia, fédération belge de l’industrie alimentaire.

Tertio, il apparaît que l’industrie alimentaire, apparemment soucieuse de redorer son image après une série de scandales alimentaires comme celui de Veviba et des œufs au fipronil, se montre plus sévère avec elle-même, en serrant la vis de ses autocontrôles (à la source de 44 % des retraits en 2018). Et lorsque l’Afsca reçoit des notifications d’industriels, « elle se montre à son tour plus stricte en exigeant plus vite une communication à la presse », ajoute Stéphanie Maquoi. Fevia confirme : « Oui, nos entreprises sont plus strictes. Et c’est positif que la sécurité alimentaire soit la priorité nº1 des producteurs et des autorités. »

« Ne pas crier au loup »

Cela dit, Comeos et Fevia s’inquiètent des effets pervers de rappels et donc de communications afférentes à répétition. « S’il reçoit trop de messages, le consommateur risque de se montrer moins attentif et de passer à côté de rappels vraiment importants. Evitons de crier au loup. Il ne faut pas organiser de rappels trop vite, tout en préservant la sécurité alimentaire », plaide Nicholas Courant (Fevia). De son côté, Comeos estime que « le consommateur belge ne court pas plus de risque qu’un autre consommateur dans nos pays voisins, mais peut en avoir l’impression, du fait qu’il lui est plus régulièrement demandé de rapporter des produits non conformes. » En conséquence, la fédération du commerce demande « une harmonisation et une transparence concrètes des mesures prises et des analyses de risques entre les différents États membres. »

Mieux vaut trop que pas assez

De la transparence, c’est aussi ce que demande Test Achats. « Nous jugeons que l’Afsca ne livre pas d’explications assez claires sur l’augmentation de ses rappels. Il en est de même pour les producteurs et les distributeurs concernant leurs notifications en hausse auprès de l’Afsca », juge Joost Vandenbroucke, responsable du département alimentation et santé de l’organisation de consommateurs. « Nous demandons à l’Afsca d’étudier ce phénomène de plus près et de nous donner des explications beaucoup plus précises. » En attendant, les consommateurs tatillons ne se plaindront pas vraiment, imagine-t-on, que l’agence chargée de veiller sur la sécurité de leur alimentation – et donc sur leur santé – en fasse beaucoup. Voire un peu trop.

Source: Le Soir

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